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On prend un nouveau départ "Ensemble (2), pour toujours..."

12/17/2019

On prend un nouveau départ "Ensemble (2), pour toujours..."

Le nouveau moyen-métrage du studio, Ensemble (2), pour toujours, est sorti ce dimanche 15 décembre ! Réalisé par Freddy Forjat, il fait suite à Ensemble (1), pour la dernière fois, le court-métrage de Vincent Péré sur lequel nous avons déjà écrit un article. Mais si Freddy s’appuie sur ce que le court-métrage de Vincent proposait déjà, il donne à l’histoire auparavant esquissée une direction inattendue… !

 

 

En repensant au film – je faisais ma vaisselle, si cette information vous intéresse – je l’ai associé à un livre que j’avais lu plusieurs fois quand j’étais plus jeune, Journal d’un chat assassin, d’Anne Fine, illustré par Véronique Deiss. D’une part, Ensemble (2), pour toujours prend effectivement la forme d’un journal, chaque morceau étant introduit par un jour – du « Jour 13 » au « Jour 168 » – ainsi que par des titres donnant quelques éléments clés de la séquence, ou des obsessions du personnage que nous suivons. D’autre part, il joue sur un décalage semblable à celui que j’avais ressenti, enfant, entre l’image douce que j’avais du chat et les actes cruels auxquels se livrait Tuffy, le chat du livre. En effet, un gouffre incommensurable sépare l’émouvante interprétation de Your song d’Elton John par Fred – Freddy Forjat – et Violette – Emma Ganzin – et les féminicides que commet celui-ci, sans oublier le meurtre de Ludo – Ludovic Avinens. Du même coup, un gouffre identique sépare le court-métrage de Vincent et le moyen-métrage de Freddy, qui en est directement inspiré. Il s’agit d’une interprétation libre, à partir d’un matériau suffisamment suggestif pour que Freddy puisse lui donner toutes les directions possibles, y compris celle qu’il a choisie.

 

 

 

Il a également choisi, en adoptant cette forme du journal, d’essayer de nous faire adopter un point de vue que nous ne voulons justement pas adopter, celui de ce Fred, qui, avant même qu’il ne tue, semble déjà profondément malsain. Malaise devant l’écran. Nous voyons tout par son regard à lui, et nous observons alors longuement le regard expressif d’Amélia – Mathilde Monon – la deuxième jeune femme qu’il a choisie comme cible dans son désir de possession. Dommage, elle ne fait que pleurer, aimer, puis mourir ; nous aurions bien voulu sortir un peu d’un schéma hétérocentré plutôt classique, et voir Amélia agir davantage.

Si la voix de Fred, en off est une tentative d’autojustification de ses actes, et si, en parlant, il veut nous mener à croire que son amour éperdu l’a mené trop loin, il n’est évidemment pas question d’amour, nous le savons pertinemment : quand on aime, on ne tue pas. Ce Fred romantise les féminicides, il descend avec le cadavre d’Amélia dans une lumière éclatante, sur une musique épique. Cette scène illustre le décalage permanent, immanent au film il me semble, entre le fait d’être coincé.e dans le point de vue de ce personnage, et celui, en tant que spectateur.rice, de ne jamais y adhérer. Un décalage intriguant, et pas inintéressant à expérimenter, au demeurant.

 

 

 

J’émets des réserves sur l’hétéronormativité du schéma narratif du film, et donc sur la place que les femmes y occupent, ainsi que, d’un point de vue moins interprétatif, sur l’usage aléatoire du passé simple et du présent de narration dans le récit fait en voix off. À mon sens, osciller entre les deux sans faire de choix net n’est pas une solution viable, il aurait fallu trancher.  Mais ces critiques mises à part, le premier moyen-métrage de Freddy comporte des propositions plutôt bonnes : parmi elles, je retiens particulièrement la forme du journal ainsi que l’impossibilité d’adhérer à un point de vue pourtant interne – ce qui n’est pas sans rappeler le procédé des Bienveillantes de Jonathan Littell, pour celleux qui ont lu ce long roman. Alors nous attendons un prochain film, pour voir comment le travail de Freddy évolue. Il va sans dire que nous vous encourageons à regarder Ensemble (2), pour toujours, afin que vous puissiez construire votre propre avis.





Alice Boucherie

Nos tops de la décennie Et tout le temps perdu