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La Flamme: ici, ce n'est pas la vraie vie

11/14/2020

La Flamme: ici, ce n'est pas la vraie vie

Armée d'un casting de stars et d'un concept accrocheur, la nouvelle création originale Canal + est le vent de fraîcheur et d'évasion qu'il nous faut durant cette période si anxiogène.

La Flamme dĂ©marre par une prĂ©sentation qui pourrait faire office de note d'intention: 

 

«Dans la vraie vie, un homme qui mettrait en compétition une quinzaine de femmes les unes contre les autres serait considéré comme un immonde porc dégueulasse...mais ici, ce n'est pas la vraie vie. Bienvenue dans La Flamme».

 

La messe est dite: la sĂ©rie portĂ©e par Jonathan Cohen sera notre Ă©chappatoire comique durant cette fin d'annĂ©e compliquĂ©e, une hymne au second degrĂ© qui se moque allègrement de ce qui se passerait dans la vie rĂ©elle. 
Mais rendons à César ce qui appartient à César: le concept drôlissime de La Flamme provient de l'excellente web-série américaine Burning Love créée par Erica Oyama et Ben Stiller. Son histoire ? Sensiblement la même que celle de la série de Jonathan Cohen et Jérémie Galan: un séducteur complètement idiot cherchant à trouver l'amour dans une édition de dating. Les prétendantes improbables s'y succèdent au même titre que les situations borderlines, et à peu près tout le monde en prend pour son grade dans la joie et la bonne humeur. Pour peu qu'on soit familier aux diverses télé-réalités qui pullulent l'écran, c'est incroyablement drôle et à peine plus dingue que les différentes saisons du Bachelor
Ce n'est donc guère étonnant que Burning Love ait tapé dans l’œil de Jonathan Cohen: l'irrésistible valeur montante de la comédie française avait trouvé dans cette histoire le terrain de jeu idéal pour faire exploser définitivement son talent comique. Pour ce faire, l'acteur révélé par Serge le mytho a voulu faire les choses en grand. Son ascension fulgurante ces dernières années n'ayant après tout échappé à personne, c'est armé de la bénédiction de Canal + que Cohen s'est entouré de tout ce que le cinéma français actuel comptait de plus prestigieux. Et à vrai dire, pourquoi pas ! Les personnages sont si atypiques qu'il y a là de quoi faire en matière de second degré, histoire de casser une image peut-être trop rigide pour certains.

 

                                         Le casting dingue de La Flamme ( © Julien PaniĂ© - MakingProd / Les Films Entre 2 et 4 / Canal+ )

 

Et le rĂ©sultat est lĂ : sans surprise, tout le monde s'amuse Ă  l'Ă©cran...ce qui peut autant rĂ©jouir que inquiĂ©ter. Après tout, la sĂ©rie peut n'ĂŞtre qu'une simple rĂ©union de bons potes dont la pertinence est inversement proportionnelle Ă  l'amusement de ses protagonistes. Mais La Flamme n'a rien d'une fĂŞte nous laissant sur le carreau, et c'est peut-ĂŞtre lĂ  sa plus grande qualitĂ©: celle de fĂ©dĂ©rer en jouant habilement avec les codes de la tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©. 
Sur une trame au dĂ©part quasiment identique Ă  celle de Burning Love, La Flamme fonde son humour sur une base très simple: s'amuser avec absolument tous ses personnages, construits de manière Ă  ĂŞtre fondamentalement idiots ou susceptibles de crĂ©er le rire. De fait, chaque Ă©pisode d'une durĂ©e de trente minutes (soit quasiment deux fois plus que ceux de la sĂ©rie amĂ©ricaine) enchaĂ®ne les vannes Ă  vitesse grand V, au risque de fatiguer son spectateur. A ce titre, il faut ĂŞtre honnĂŞte: toutes les situations ne font pas forcĂ©ment mouche. C'est que l'humour gĂ©nĂ©reux a toujours ses risques, et il y a quelques pots cassĂ©s qui feront moins rire selon la sensibilitĂ© de chacun. De mĂŞme, il est parfois difficile pour les scĂ©naristes de renouveler la structure Ă©pisodique propre aux tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©s dont la sĂ©rie s'inspire ouvertement. Le fait est que certains Ă©pisodes tournent un peu en rond, s'imposant moins fièrement que d'autres pans de l'intrigue bien plus intenses. 

 

Mais ces défauts, finalement peu handicapants, relèvent plutôt de l'exception qui confirme la règle tant l'écriture est souvent réussie. Bien sûr, et on ne l'apprendra à personne, il est difficile de faire plus subjectif que l'humour. Mais La Flamme a pour elle un argument de taille qui la rend bien plus intéressante que ce qui peut se faire ailleurs: elle préfère rire avec plutôt que de rire de

Et quel autre meilleur exemple pour l'illustrer que le personnage de Marc ? Le protagoniste de la série est un imbécile fini doublé d'un être immature et maladroit, pouvant déclamer des atrocités sans même sourciller. Mais Jonathan Cohen a eu l'intelligence d'aborder Marc comme il a abordé Serge le mytho: en le nuançant. Malgré sa position toute puissante dans le jeu, Marc se fait ainsi recadrer à plusieurs reprises par à peu près tout le monde, n'évitant pas les humiliations qu'il fait subir à certaines candidates. Plus la série avance, plus l'interprétation de Cohen rend le personnage épais. Au fond, Marc est plus seul et pathétique que véritablement malveillant, et le spectateur se prendrait presque à avoir de la peine pour lui s' il n'était pas aussi insouciant concernant le sort des candidates. C'est peut-être là que réside la plus grande force de La Flamme: son humanité. Malgré la débilité ambiante du récit, la série ne juge jamais ses personnages et les rend aussi attachants que possible (si on excepte la psychopathe Alexandra).

 

A ce titre, il faut saluer le travail des comĂ©diens qui sont tous formidables. Les Ă©numĂ©rer serait bien trop long, mais leur amusement et leur envie de bien faire transparaĂ®t immĂ©diatement Ă  l'Ă©cran. LeĂŻla Bekhti et Doria Tillier, chacune dans une forme d'outrance diffĂ©rente, sont absolument hilarantes. A l'inverse, les prestations très premier degrĂ© de Vincent Dedienne et Pierre Niney font des merveilles. La prĂ©sence de Dedienne en particulier relève du choix de casting parfait, tant de nombreuses situations comiques reposent uniquement sur ses rĂ©actions de prĂ©sentateur (et c'est encore plus flagrant lors d'un deuxième visionnage). Ana Girardot est peut-ĂŞtre celle qui s'en sort le mieux, car elle hĂ©rite du personnage le plus fouillĂ© parmi les prĂ©tendantes: son Ă©volution ne cesse de surprendre, et la sĂ©rie a l'intelligence de donner quelques clĂ©s sur son passĂ© qui permettent de mieux apprĂ©hender son comportement. 
Quelques regrets subsistent tout de même concernant les comédiens. Adèle Exarchopoulos n'a par exemple pas grand-chose à défendre: si l'idée du cœur de singe fait sourire, le personnage de Soraya n'existe malheureusement jamais vraiment dans la série. Le problème ne réside pas dans son jeu mais plutôt dans son écriture, qui a tendance à faire de Soraya une coquille vide. Son sort déçoit assez, tout comme celui d'Alexandra. C'est d'autant plus décevant pour Alexandra que Leïla Bekhti est de très loin l'attraction des premiers épisodes. Son personnage est à l'origine de scènes d'anthologie, et on ne peut qu'être frustrés de la façon dont elle est évacuée. On a parfois l'impression que passés les trois premiers épisodes, les scénaristes semblent dépassés par Alexandra et ne savent plus trop quoi en faire. C'est dommageable, mais encore une fois compensé par d'autres personnages mieux traités et des apparitions hilarantes à n'en plus finir (celles de Orelsan et Ramzy Bédia, pour ne citer qu'elles).

 

                                                                          © Julien PaniĂ© - MakingProd / Les Films Entre 2 et 4 / Canal+

 

Il faut dire que l'Ă©nergie comique de la sĂ©rie l'emporte largement sur les bĂ©vues. La Flamme est une sĂ©rie follement gĂ©nĂ©reuse: elle se fait certes parfois dĂ©border par son nombre de personnages, mais sa sincĂ©ritĂ© et son ambition lui font tellement honneur, et les comĂ©diens sont si impliquĂ©s, qu'il est impossible de passer un mauvais moment devant. Le rythme effrĂ©nĂ© et le soin accordĂ© Ă  la forme, qui s'efforce de reproduire les codes de la tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©, ont un effet assez jouissif sur le spectateur. Si on y ajoute des choix musicaux volontairement exagĂ©rĂ©s et un très savoureux jeu sur le malaise (ah, ces silences), il est difficile de nier que la sĂ©rie regorge d'atouts comiques dont l'efficacitĂ© ne faiblit jamais. 
C'est d'autant plus fort que la série se paye le luxe d'être très actuelle dans son récit, sachant s'arrêter bien plus tôt que son inspiration Burning Love. Sans trop en dire, les deux séries se finissent exactement de la même façon pour Marc, à une différence près. Là où Burning Love contient un épilogue qui remet en cause le choix de Marc, celui-ci se rendant compte qu'il n'était pas au courant de «certains détails» (ceux qui ont vus la série comprendront), La Flamme se passe de cet épilogue et sait s'arrêter au bon moment. L'amour que rencontre Marc à la fin de la série est pur, vrai et dénué de toute forme de jugement. Le côté inattendu de la situation peut faire rire mais tout de même: finir le récit de cette façon en 2020 fait marquer un beau point à La Flamme

 

Une franche réussite, donc, qui a de quoi laisser impatient pour une saison 2 déjà annoncée en grande pompe. Preuve de plus qu'il n'y a pas que des mauvaises nouvelles en 2020.

 

La Flamme, de Jonathan Cohen et Jérémie Galan, avec Jonathan Cohen, Ana Girardot, Géraldine Nakache, Vincent Dedienne, Leïla Bekhti, Adèle Exarchopoulos, Doria Tillier, Camille Chamoux, Céline Sallette, Léonie Simaga, Laure Calamy, Marie-Pierre Casey, Florence Foresti, Angèle et Youssef Hajdi. 9 x 30 min. Disponible sur Canal + depuis le 12 Octobre. Présenté en avant-première au Festival Canneséries.

 

Anthony Coindeau

 

 

 

Un divan Ă  Tunis