Vous pouvez nous soutenir !

Si vous voulez soutenir le Studio, abonnez-vous à sa chaîne YouTube et ses podcasts Spotify , follow us sur Twitter, suivez-nous sur Facebook et Instagram ! A très vite pour de nouveaux contenus !

Journal de Novembre

12/08/2019

Journal de Novembre

En quelques mots,

Quelques jours,

L'actualité cinéma du mois de Novembre. 

Au programme ?

Scorsese Marvel Gate, affaire Polanski, Les Misérables de Ladj Ly, etc...

(Image mise en avant : Reteur.)



Samedi 2 Novembre


Marie Laforêt est décédée. Je ne la vois que dans Plein Soleil, magnifique et éblouissant film de René Clément. Elle joue la veuve, l’otage, l’amante, la brusquée, le fantasme, et elle nous bouleverse. Mon jeune âge excusera ma découverte de ses chansons. Viens, Viens que je découvre. Des yeux et une voix donc.


Dimanche 3 novembre 


Vu Chambre 212 de Christophe Honoré (encore lui, toujours lui, partout, à toute allure). Vincent Lacoste qui dit à Chiara Mastroianni : « Tu te crois libre et cynique en couchant avec des gens qui ont la moitié de ton âge, mais ça t’a rendu triste. » Beaucoup trop d’hommes sont tristes dans le monde.


Lundi 4 Novembre


Martin Scorsese revient sur ses propos à Lyon qui avaient fait polémique. Il y revient dans un article : Martin Scorsese : I Said Marvel Movies Aren’t Cinema. Let Me Explain. Martin Scorsese, le même qui vient de tourner The Irishman pour Netflix, critique l’industrie hollywoodienne et démontre que les films de super-héros ne sont pas des formes esthétiques ciné-visuelles.

Tapage de malade sur les réseaux sociaux. Les « pro » et les « antis ». Ceux qui distinguent certains films de Marvel, d’autres qui s’engouffrent avec Scorsese. Passionnant. Je pense intuitivement au récent Joker. Ou aux films de Guillermo Del Toro. Il faut se souvenir des inventions visuelles de Del Toro dans Le Labyrinthe de Pan, des métaphores poétiques – tout l’inverse de Marvel. Martin est une rock star moderne.


Mercredi 6 Novembre


Adèle Haenel qui parle et donne une définition claire et ferme du mot « témoin », à Médiapart. Pendant ce temps à Lyon, Aurélien Ferenczi, mis de côté pour assurer les présentations des séances lors du festival, est promu directeur de la rédaction du journal du festival.

Là où cette actrice, cette terrible et magnifique actrice, semble dire que le monde change, qu’il changera, qu’il faut qu’il change, là où cette actrice le dit et le martèle, l’Institut Lumière, malgré les plaintes de ses salariés, malgré le licenciement de Télérama, continue à l’engager. Parce qu’il est gentil, serviable et produit du bon travail. 

Il y a des faits, des cas d’espèce qui me laissent songeur quant aux conséquences de cette nouvelle parole libérée depuis maintenant deux ans.



Vendredi 8 Novembre


La Belle époque de Nicolas Bedos. Faut-il d’abord présenter le metteur en scène, aux paroles souvent abjectes, toujours dans une provocation imberbe, à la misogynie latente.

Ce film, vu en séance d’ouverture à Lyon, est une sorte de méprise intellectuelle quant au sens du jeu, de l’autofiction et du temps qui passe. Deux heures pour dire que le passé ne reviendra jamais et qu’on n’y peut rien – c’est faible et on a enfin trouvé le temps perdu de Marcel Proust. Deux heures pour filmer Guillaume Canet et Doria Tillier, entre scènes gênantes et scènes pleines d’une impudeur abjecte.

Heureusement, ou faut-il dire malheureusement, Daniel Auteuil et Fanny Ardant tentent de porter le film, ces merveilleux acteurs, perdus avec l’âge dans une filmographie compliquée. Mais même Fanny Ardant, inoubliable dans La Femme d’à côté de François Truffaut, semble s’imiter elle-même, avec le texte très vulgaire de Bedos.


Mardi 12 Novembre


Vu Matthias et Maxime après tout le monde. 

Un homme m’avait suivi à l’intérieur de la salle, s’était assis à côté moi et me fixait pendant le film. Affaire classée sans suites.

Le monde est plein de ressources.



Mercredi 20 Novembre


Sortie des Misérables.

Je me souviens de sa scène d’ouverture, découverte à Cannes, en mai 2019. Je marchais comme à notre habitude devant le Palais, puis une personne me donna sa place pour la séance de midi. Nous étions cinq à avoir une place. Montée du tapis rouge rapide, avec la conviction qu’il s’agirait d’un film sur le « social français », un nouveau film, vain, pour rien.

Puis la salle s’obscurcit et retentissent les cris de la finale du mondial 2018. Ces jeunes enfants qui portent le drapeau tricolore, remontant le long des Champs-Élysées, le soir de Juillet 18. Ils sont patriotes, alors même que la France ne les regarde pas, ses misérables. 

Je me souviens du bruit total dans la salle, la stupeur de ses spectateurs. Lorsque nous étions sortis, nous n’avions rien dit, comme sonnés par le film que l’on venait de découvrir. Il s’agit d’un film important. Ladj Ly. Ladj Ly. Ladj Ly.


Mercredi 27 Novembre


Contre toute attente, nous sommes allés voir J’accuse de Roman Polanski au cinéma Le Comoedia, à Lyon.

Gaspar Noé m’avait convaincu pendant une heure qu’il s’agissait du meilleur film du réalisateur depuis vingt-cinq ans (souvenir…). Si je suis convaincu par le fait que Polanski doit être condamné par le fait judiciaire, je le suis également par le fait qu’on ne peut pas écrire le Nouvel Hollywood sans ses films. Alors nous y sommes allés, comme on fait l’école buissonnière. Et toutes ces filles

En réalité, le film est très mauvais. Gaspar Noé avait fumé – étrange, oui. Je ne croyais pas une seule seconde en la manière dont Dujardin avait été dirigé, bien incapable de jouer juste. Puis la suite perpétuelle de ses plans académiques, qui mettent en place une suite d’événements, de faits. Reste le procès qui est une séquence intéressante, aboutie. 


Dans ce film, j’ai eu le plaisir – mêlé à une certaine gêne, de retrouver tous les acteurs français qui nous sont contemporains : Louis Garrel, Mathieu Amalric, Grégory Gadebois, Melvil Poupaud, Laurent Stocker, Denis Podalydès, Michel Vuillermoz, Eric Ruf, Vincent Pérez. Où sont-ils à l’heure où j’écris ? Pourquoi ne pas les avoir entendus ? A peine avoir vu le j’y vais-je n’y vais pas de Dujardin. 

Puis le fait qu’il s’agisse d’un film de mecs, pour les mecs, avec des mecs. Entre bonnes paires de couilles, quoi. C’est quand même bizarre, ce film. 


Reste l’action du film, centrée autour du personnage de Picquart. Même le concernant, Philippe Oriol le prend en exemple pour montrer les processus d’héroïsation de l’histoire. Oriol, formidable historien, démontrant que le film de Polanski invente un autre Picquart. En quoi Picquart était-il un héros parfait pour le gouvernement et pour l’armée ? Je vous renvoie à son livre : Le faux ami du capitaine Dreyfus : Picquart, l’Affaire et ses mythes. Mais cette histoire n’est jamais questionnée.

Non, il n’y a décidément rien de bon dans ce film. Le pire, c’est qu’il a occulté l’ensemble du cinéma de Novembre. Damned.


Samedi 30 Novembre


Je décide de terminer le mois de Novembre avec The Irishman de Martin Scorsese. Je ne pensais pas voir de ma vie quatre des acteurs les plus importants du vingtième siècle se retrouver. 

On pense à la mystérieuse disparition de Jimmy Hoffa dans le film, liée à la mystérieuse disparition du cinéma scorsesien à Hollywood. Pourquoi n’arrive-t-on plus à produire un film de cette envergure ? 

Lors du dernier festival Lumière, Bertrand Tavernier confiait qu’il ne trouvait plus de financements pour son dernier film – huit millions d’euros demandés, contre cent cinquante pour The Irishman. Si le cinéma ne prend plus de risques financiers, il n’y aura plus d’histoire(s) du cinéma.